Correspondance à Montparnasse pour rejoindre la ligne 12 et, quelques stations plus au nord de Paris après, me voilà dans le quartier de ma jeunesse, le trac au ventre. Si je n’y allais pas ? Il suffirait que je retourne dans le métro et reparte… Pour aller où ?

J’appréhende de voir les yeux du père se poser sur moi, sans bouger, sans rien dire, comme d’habitude. A peine se demanderait-on s’il respire encore. Toute sa force est dans le fait qu’il paraît inébranlable. Un bloc sur lequel on se cogne. Toujours papa attend, pousse à la faute, ne s’empresse jamais, on la commet. Il est tapi comme le crocodile près de la rivière : on finit par avoir soif, il mord. Toujours pareil, implacable. Ou les sanglots de maman, ce qui est peut-être pire.

Peut-être tout cela a-t-il changé. Il va pleurer aussi, maman sera forte, elle parlera de demain, elle m’aimera comme au premier jour. Le fils perdu est de retour, une conduite toute propre, toute nouvelle. Regardez-le n’est-il pas mieux après toutes ces années ?

Comment puis-je être aussi con ?

Je ne serai pas le fils retrouvé et peut-être qu’il ne dira rien, elle n’aura pas demain tout prêt à emporter. Je ne supporterai pas leurs jugements mais d’un autre côté je ne suis plus digne de leur amour. Et l’idée de leur pitié me blesse. C’est la honte sûrement le plus dur à surmonter.

Mais où ai-je puisé le courage de faire route vers eux ? Bien, qu’importe… Elle n’attend que ce jour-là. Ce serait trop facile de ne pas y aller. Beaucoup trop facile d’être un lâche… après tout ce…

De toute façon, je suis maintenant dans le 18ème. Une fois à pied, je m’aperçois que le quartier de ma jeunesse n’a pas trop changé, pas comme la première fois où j’avais dû presque demander le chemin à un passant bien que les rues n’eussent pas pu bouger. Mais je m’y sens pourtant de nouveau comme un étranger qui vient pour la première fois chez lui, avec la chair de poule de ne plus exister au présent, pas même ici où je pourrais égrener mille souvenirs de mes jeunes années.