§15. Ce soir-là, alors que de nombreux Chiliens regagnaient leur foyer après l’hommage national, ou du moins semi-national puisque, comme nous le rappelle Alejandro San Francisco, « ce n’était pas un hommage à tout le Chili mais une partie du pays qui suivait l’UP, son programme et ses objectifs » et qu’au contraire « il était évident que, en 1972, le Chili était un pays profondément divisé et ainsi le percevait et l’affirmait Pablo Neruda dans son discours du Stade National ». Ce soir-là, donc, retrouvant leurs problèmes quotidiens d’approvisionnement et de transport, dans le crépuscule santiagais, alors que certains venaient de vivre deux jours d’espoir et de joie, pleins encore des discours de Salvador Allende au monde et de Pablo Neruda à la nation, fiers comme jamais, Juan lisait dans le Mercurio que la veille au matin un coup d’Etat avait eu lieu au Honduras. Pour la troisième fois, le général Lopez Arellano allait assumer la présidence de la République après avoir écarté Ramon Ernesto Cruz, en raison « de la situation de chaos et d’affaiblissement qu’a[vait] connu le pays », et « afin de sauver le peuple du Honduras, de revitaliser son économie, de faire des améliorations sociales, et d’aller vers le progrès économique ». Il fredonne « Mourir pour des idées » de George Brassens pendant qu’il calcule mentalement la distance politique entre la république bananière du Honduras et la fière démocratie chilienne.

Bande sonore : Georges Brassens, « Mourir pour des idées »

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