§7. Après deux jours de solitude absolue sur mon voilier, je lis les journaux des jours précédents, tranquillement, avec une tisane comme un petit grand-père sage. Un type assassiné par balle, avec une photo où je reconnais mon costume, troué. Le type lui, en revanche, le « marginal », le pauvre ne l’est plus vraiment, reconnaissable. Entre temps, je me suis aperçu que j’ai laissé un numéro de téléphone dans une des poches intérieures de ma veste, lors de l’échange. C’est ainsi une femme de perdue, avec qui ce bout de papier était mon seul contact : heureusement la ville est grande et ne manque pas de beauté de son espèce. Les assassins ont été arrêtés. Un complice est lui aussi en prison, qui a expliqué avoir voulu tuer pour venger son honneur perdu. Cocu notoire désormais, et le voilà écarté. Et peut-être y a-t-il une femme désormais seule dans la ville, sans doute grisée par le fait que j’aie échappé à la mort ? Ou prise d’un regain d’amour et de regret pour son pauvre mari ? Ou trop abimée désormais pour qu’on ait envie de la voir (non, je n’ai pas de compassion pour une femme de bonne famille qui n’a que l’embarras du choix des maris et s’était choisie un con). Mieux vaut ne pas tenter. Là aussi, la ville est bien assez peuplée pour retrouver d’autres femmes sans trop aller jouer avec la mort. On ne sait jamais que cette femme soit romantique, que ce soit le genre d’esprit désœuvré qui croit aux romans, et qu’elle ait trop lu d’histoires de couteaux… L’enterrement a eu lieu aujourd’hui. Trop tard pour y assister. Pour ma part je fais le deuil de ce numéro et de la femme qui aurait pu se trouver au bout de la ligne : je suppose que la police l’aura retrouvé dans la poche du costume et l’aura appelée pour savoir quel lien elle entretenait avec la victime. Mieux vaut ne pas se mêler à ça, je n’y suis plus pour rien dans cette histoire, et, bien que je n’aie rien à me reprocher, au fond, je préfère rester loin…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.