§6. Pendant que Colo Colo était sacré champion1 et que Georges Marchais devenait Secrétaire général du Parti Communiste Français, moi, Jean, j’ai été la cause d’un tracas, au travail, pour une collègue, bien involontairement et désolé. Bien qu’en tort je me suis légèrement emporté avec elle, face à sa réaction cassante et froide, alors que je n’espérais rien d’autre, après ma bévue, que lui faciliter la tâche en faisant tout mon possible pour réparer mon erreur. Les hommes ne se méprisent pas, il leur manque un prétexte pour s’aimer et l’incompréhension plus que l’antipathie les éloigne – je ne pouvais pas nous laisser en mauvais termes. Tant de fois je me suis senti au milieu d’une foule comme le spectateur inutile d’un système où je n’influais pas, comme un fantôme sans prise sur le monde. Alors avec un peu de force et de courage, il me fallait bien essayer de prendre de la solidité. N’existe que ce qui agit, cette conscience douloureuse de n’être rien m’était intolérable ; il me fallait me faire rentrer, de force si nécessaire, dans la structure du monde, en la trouant, pousser de part et d’autre quelques éléments dérangés pour m’y intégrer. Et je lui proposai de me faire pardonner en l’invitant à déjeuner. Elle me répondit que plutôt qu’un dédommagement ma proposition serait la continuation de son supplice…

Je suis donc maintenant doublement honteux, et d’avoir essuyé un refus si violent qui consomme notre brouille désormais – parce qu’on ne peut pas dire que je ne lui en veux pas – et d’avoir invité une femme à dîner, bien que je n’aie pas pensé que ce fût un rendez-vous galant, mais tout de même, pour le principe, je suis intérieurement gêné vis-à-vis de Natalia.

Note

  1. Du championnat de football du Chili, évidemment.

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