§5. Pour une fois Radio collègue m’a apporté une bonne nouvelle à la fin d’une journée de travail un peu plus longue que d’habitude : à 18h, les corporations ont annoncé la fin de la grève ! Je n’ai pas eu le temps de lire le journal ce matin, j’aurais été heureux plus tôt dans la journée ; les plus chanceux le savent depuis hier soir.

C’est donc avec des ailes que je me rends au Théâtre Caupolicán, à quelques manzanas1 de mon lieu de travail, doublement. Parce que le Chili d’Allende vient de remporter son bras de fer sur celui des momios. Et parce que nous allons rendre hommage, ce soir, aux 55 ans de la Révolution d’Octobre.

Où Gladys Marin, oratrice et Secrétaire Générale des Jeunesses Communistes, nous galvanise au milieu des drapeaux rouges marqués de marteaux et de faucilles.

Nous avons fait un pas gigantesque dans la conscience et l’organisation des masses.

Il souffle dans la salle un vent de renouveau, une tempête d’enthousiasme, le Chili de demain est là, au milieu des applaudissements et des chants. Croisant nos regards et des sourires, nous tissons une force exceptionnelle, cerises que nous goutons tous ensemble, juste récompense de tous nos efforts des jours passés. Comme nous avons relevé nos manches pour apporter notre pierre à l’édifice formidable commencé par Lénine et les siens, et comme

de cette bagarre c’est le peuple, c’est le gouvernement qui est sorti renforcé

nous érigeons une forteresse que ni trompettes, ni fifres, ni tambours ne pourront détruire !

Car

défendre et approfondir notre processus sera le meilleur hommage à la Révolution d’Octobre

et le socialisme est en marche vers la déroute totale du capitalisme, inéluctable, attendue.

Le peuple construit.

Le fascisme détruit.

Je suis fier ce soir de faire partie du camp des bâtisseurs, des vivants, de l’avenir.

Note

  1. Des blocs de quartiers s’appelaient des manzanas, des pommes, dans les années 70. (Aujourd’hui on dit des cuadras, puisque les villes américaines, autant dans le nord que dans le sud, ont des rues bien perpendiculaires.) Aller à la rencontre des électeurs chez eux se dit donc au Chili aller à la « cueillette des pommes »[Acquaviva et alii 1971, 84]

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