§3. Je m’appelle Jean. Mardi, je suis allé seul, encore, toujours seul, à un concert de musique classique. Deux interventores ont été nommés à la Banque du Chili pour résoudre les conflits internes qui la secoue. C’est Ariadna Colli, je crois, en collaboration avec l’Institut Chileno-polonais de la culture de l’Université du Chili, qui organisait le concert. Il y a des vols de pièces et des sabotages à Elecmetal, entreprise de mon cordon, dans mon quartier, au sud du Théâtre Antonio Varas où cela se déroulait, le concert. Les employés d’Elecmetal pensent que les patrons payent des mercenaires au sein de l’entreprise… C’était à 20h, il faisait encore jour lorsque je suis entré dans la salle. Bach-Liszt (prélude et fugue en La mineur), Beethoven (Sonate, op. 37).

— Ça veut dire qu’il y a peut-être des traitres parmi nous ! Encore… C’est ça qui me fait le plus mal. Que des camarades n’aient aucune conscience de classe et se laissent corrompre…

Et dans le regard de ce camarade, toute la tristesse de la classe ouvrière trahie par une partie d’elle-même. Szymanosvski (Etude op. 4), Prokofieff, César Franck, rien que de la musique avec juste des notes, et aucune parole pendant le concert. Ni le mot « peuple », ni « droite », ni « élections », ni « pouvoir populaire », ni « révolution », un peu « absence », ni « marché noir », ni « militaire », ni « Chili », ni « politique ». Juste des notes, des phrases mélodiques qui ne forment pas de discours, flottent, nous emportent. Loin. Mais Morandé 25, c’est encore à côté de la Moneda, qu’est-ce que je connais de Santiago ? Pourquoi est-ce que je tourne toujours dans les mêmes endroits ?

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