§6. Au creux de l’amour, repu, reposant ; je peux ainsi dans les bras de Gulieta penser tranquillement à celle qui fait actuellement battre mon cœur : une jeune fille de 10 ans ma cadette, aussi magnifique que sotte, et pour qui j’ai, malgré toutes mes préventions, un désir sans bornes, qui me fait me sentir comme un vieux gâteux, et qui pourrait obtenir de moi bien des choses tant que je n’aurais pas couché avec elle. Et s’y prend bien… Anne Boleyn a donné la technique à toutes les femmes venues après elle, si elles ne l’appliquent pas ce n’est tout de même pas la faute des hommes.

Et il s’agit maintenant, une nouvelle fois, de préparer ma sortie avec celle qui est en train de me caresser tendrement et à qui je vais repenser avec un dégoût de satiété, dès demain, alors qu’il y a une heure de cela je lui voyais de nombreuses qualités, envisageais l’avenir, étais vibrant de désirs, incandescents et heureux de lier ses yeux pétillants aux miens.

Je la regarde encore avec objectivité, avant d’inverser les bornes de l’attraction, lorsqu’elle se rhabille et me rends compte qu’elle ressemble énormément, et sur bien des aspects à Bea, une autre fille d’origine italienne, avec qui je n’ai eu qu’une demi-relation, en France. Comme quoi, quelques années après, c’est comme deux femmes en une que je vais quitter demain.

Dans le vase, que je vois alors que je passe, nu, à côté de lui, pour aller me délester du moins noble de mes liquides, après avoir gratifié la journaliste du meilleur, se trouvent les roses que je lui avais offertes il y a quelques jours. Déjà en voie de fanaison. Offrir des fleurs fraîches à une femme a une vertu pédagogique et préventive : quoi de mieux pour lui signifier que leur vigueur et leur parfum disparaîtront aussi vite que mon amour ? Les fleurs séchées, comme les pierres, ont la beauté éternelle qui ne convient qu’à des êtres divins. On en offrirait à des divinités statuaires – aux hommes le doux tissu des pétales, les parfums évanescents, l’éphémère et la disparition.

J’essaye de me souvenir le prétexte qui m’a fait monter chez elle, en plus du traditionnel « café », qu’elle m’a tout de même servi en attendant de franchir la ligne de partage des eaux troubles de l’envie. Ah oui, des travailleurs de Ferriloza ont évacué par la force de leur fabrique « prise » depuis la grève maintenant terminée depuis une vingtaine de jours, mais dont l’ombre plane toujours sur le pays. Quel prétexte idiot ! Je ne sais rien du sujet. Je m’en fiche même un peu. Au moins le café et ses baisers étaient bons.

Messieurs les délégués, j’accuse face à la conscience du monde l’ITT de s’efforcer de provoquer une guerre civile. C’est ce que nous appelons l’impérialisme.

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