§15. Encore une fois Juan accapare tout le roman, et après Santiago pour Paris, c’est Jean qui fait les frais de cette préférence. On pourrait critiquer celui, celle ou ceux qui ont écrit ce texte, lui/leur demander de respecter l’égalité qu’il avait voulu mettre en place (quoiqu’en regardant bien, avec un chapitre entier centré sur son arrivée au Chili, le vrai révolutionnaire partait avec de l’avance) mais ce serait un peu facile. Lui/Eux ne fait/font sans doute que répondre à une demande sourde du public, relayée par son/leur éditeur. En somme il suit ce que tous les hommes font et lui n’a ni l’âme d’un rebelle ni d’un révolutionnaire.

En effet, on critique beaucoup l’exploitation, la domination, l’inégalité, etc. mais au final se déplace-t-on de l’autre bout du monde en France, en Egypte, en Espagne, par exemple, pour admirer les logements sociaux que l’on a érigé – comme ces villes champignons de HLM qui ne devaient qu’être provisoires dans les années 70 et sont toujours habitées 40 ans après en France – ou pour voir les Châteaux de la Loire de la noblesse dorée de France et de Navarre, les Pyramides des pharaons, l’Alhambra des Nasrides ? Tout démocrates et républicains que nous sommes, évidemment, ne vient-on pas de partout admirer le Versailles de Louis XIV, symbole de la société de caste ? Certains révolutionnaires voulaient faire « table rase » de tous les monuments du passé, les châteaux, les églises, les demeures royales, etc. en 1789 et des poussières afin de rendre impossible tout désir de retour en arrière, le rendre presque pratiquementimpensable. Dans leur fureur destructrice, ils n’avaient pas tort, comme l’ont compris les iconoclastes modernes dans le monde du fanatisme musulman, mais comme on les maudirait aujourd’hui, s’ils avaient été écoutés !

Ainsi, on s’intéresse souvent un peu aux petits au début, mais les petits, les masses, même s’ils descendent dans la rue et sont plus actifs que « les structures », au final n’écrivent pas l’Histoire. Ils font écrire les intellectuels de gauche, certes, mais quid de leur influence réelle, sur le long terme, au-delà des grandioses annonces programmatiques ! Non, les gens ne s’y trompent pas, c’est là où est l’argent, au plus près du pouvoir que se passent les choses importantes. Et…

Jean veut prendre la parole ? Donnons-la-lui, très bien. Qui suis-je pour la lui refuser ? Mais voilà qui me contredit. Bravo ! Quelle belle coordination dans ce roman…

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