§3. Natalia est en train de ranger des affaires chez elle lorsque nous rentrons du bar où nous sommes allés voir le match.

— Alors, qui a gagné ?

— 1–1, Maman.

— Mince. Et alors il faudra un autre match encore pour qu’il y ait un vainqueur ?

— Oui, mais c’était déjà prévu, ça — s’irrite légèrement Pablo, agacé que sa maman ne comprenne rien à ces choses si importantes pour lui (et pour moi aussi). — Un match retour devait de toute façon avoir lieu !

Je devrais le reprendre et lui dire de changer de ton avec celle que j’aime et qu’il doit respecter, mais n’étant pas le père biologique et pas encore assez ancré dans la vie de sa mère, je ne me le permets pas.

— Allez file au lit, maintenant, demain il faut qu’on aille à Temuco tôt.

Pablito couché avec peine, et pour cause !, c’est moi qui n’arrive pas à dormir, et qui ennuie Natalia par mon agitation.

— Tant d’adrénaline pour des choses futiles, Jean… en pleine grève, alors que des camarades campaient devant ton entreprise…

Sans doute que l’expulsion scandaleuse d’Ahumada, attaquant clef de l’équipe – un carton rouge pour avoir lancé la balle au loin de rage après une décision de l’arbitre, rouge direct, alors qu’il n’avait pas de jaune avant ! – me reste sur l’estomac plus que le fait que les eux buts ont été marqué de façon bizarre.

— Merde, on ne peut avoir aucun loisir, avec toi ?

— Si, on en aura lorsque les gens ne mourront plus de faim. Lorsque le pays n’aura plus peur de l’ombre fasciste qui plane sur nous …pendant que d’autres dépensent des sommes mirobolantes pour regarder des types qui s’inventent un conflit de ballon qui n’existe nulle part que dans leur imagination.

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