13h30. Jean et Natalia. Rue San Diego.

— Qu’est-ce que tu lis ? — demandé-je au Français qui m’attendait.

— Un article sur la victoire de notre pays, en football, qui a battu Puerto Rico 5 à 0 dans un match amical de préparation aux deux grands matchs, aller et retour, contre l’URSS, dont le gagnant pourra se qualifier pour le Mondial en RFA l’année prochaine — lui réponds-je avec moult détails pour l’agacer puisque je sais que ça lui passe bien au-dessus de la tête.

— Oui. Allons manger, je meurs de faim.

Et elle part en direction d’un restaurant, sans prendre la peine de m’embrasser et sans m’attendre, maintenant une certaine distance entre nos corps. Quelle andouille, avec son football, les hommes sont vraiment une grande bande d’inutiles ! J’espère que Pablito n’aimera pas longtemps ces futilités !

J’ai cru comprendre que ma petite tirade sur le football l’avait agacée franchement, alors que je voulais juste la piquer un peu. Revenir à des conversations qu’elle trouvera plus à son goût serait une bonne idée :

— Tu crois que le Canal 9 va tout de même être rendu ? Après tous ces mois de lutte, un tel recul ? Et qu’ils vont légaliser le canal 6 de Hasbún ? Ça me paraît aberrant…

— Je ne sais pas, Jean, tout peut arriver avec cette Contraloría fasciste… Allez on se met là, il ne faut pas que je tarde, je croule de boulot cette semaine. On ne va pas se voir beaucoup cette semaine… D’ailleurs…

— Qu’est-ce qu’il y a ?

— Ce serait peut-être mieux qu’on ne se voie pas cette semaine… J’ai besoin de réfléchir. Beaucoup de choses se bousculent dans ma tête. Nous. Pablito. Si je dois aller vivre à Temuco. Cuba pourrait me tenter, pour qu’il ait une éducation digne, sans la peur permanente que tout ceci, ici, termine en catastrophe. Moi, Natalia, penser à partir du Chili… je suis perdue. Laisse-moi du temps avec moi-même s’il te plait, cette semaine.

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