§5. Salle des professeurs de l’Université Catholique1 de Santiago, sur l’Alameda.2

Nous sommes quelques collègues réunis entre nos cours respectifs, donnés, malgré tout, dans cette ambiance de rage où nous ne savons pas vraiment si le temps et les exigences d’un savoir académique sont encore possibles, ou si, plus que d’habitude, l’université est si pénétrée par le champ politique qu’elle perd une spécificité et un recul dont elle pouvait être si fière. Je sors de mon cours, un peu fatigué par la pression mais encore sur le nuage que me donne cette adrénaline qui me vient lorsque je rentre dans la salle comme on entre sur scène. Un collègue m’a laissé dans mon casier le livre d’un commentateur d’Ibn Hazm qu’il m’avait promis de longue date et que je n’attendais plus. Belle surprise. Je commence à en tourner les pages jaunies, sans arriver à me concentrer sur le contenu, car la discussion dans la salle retient mon intérêt.

— 400 camions ont été réquisitionnés, hier, à Santiago. 300 propriétaires de camions sont détenus. Ecoute ça : « les promoteurs, incitateurs et provocateurs de la grève devront payer de leur poche les dommages commis » dit Jaime Suárez, via la propagande officielle du troupeau communiste aujourd’hui. Tu te rends compte ? Et de combien de siècles seraient endettés les syndicats si on leur appliquait ce calcul ?

— Oui, mais c’est une grève évidemment politique.

— Et en quoi cela change-t-il quoi que soit : les patrons n’ont-ils pas le droit de résister à une idéologie qui n’est pas la leur ?

Les autres ne savent quoi dire. Je ne sais personnellement d’ailleurs ce qu’ils en pensent. Les avis ne doivent pas être monolithiques dans cette salle. Faute de répondant, l’orateur continue sa charge, pendant que je repère une collègue mathématicienne avec qui il m’est déjà arrivé de partager quelques repas :

— Le premier arrêté de l’état d’urgence interdit non seulement de propager de fausses informations, ce qui peut se comprendre pour éviter des réactions de panique en chaine, à but auto-réalisant, …

— Enfin, dans ce cas, de nombreux journaux de gauche ne devraient-ils pas être interdits depuis des années ? Voire El Mercurio

— Certes. Mais il y a mieux : il est aussi implicitement interdit d’inciter à la grève. N’est-ce pas non plus un droit ?

— Et, de fait, ils empêchent de jouir de ce droit en faisant taire de force les médias lorsque cela les dérange.

— Avec la bienveillance de l’Armée.

— Oh, non, tu exagères, l’Armée est neutre !

— Non ! Comment veux-tu qu’elle le soit ? La neutralité politique de l’Armée, pour belle que soit la dite « doctrine Schneider »3 aujourd’hui appliquée par Prats, est une chose impossible. Si c’est la stratégie de la droite de pourrir la situation pour accélérer la chute d’Allende, aider le pays à fonctionner c’est, de facto, aider l’UP. Pourtant, les communistes n’ont-ils pas toujours appelé à pourrir la situation économique du pays sur lequel ils lorgnaient, pour accélérer l’avènement de la Révolution ? Et détesté les sociaux-démocrates qui, en mettant des rustines dans un système normalement non-viable à cause de ses contradictions internes, l’aident à perdurer…

Si, oui, en effet, je ne peux qu’acquiescer puisque les regards se sont tournés vers moi à la suite d’un premier collègue qui a trouvé bon de m’inclure dans une discussion à laquelle je ne comptais pas prendre part.

— C’est exact, oui — placé-je de manière laconique pour ne pas donner prise à une relance.

— Moi, je n’ai jamais compris pourquoi le terme « séditieux » devait être négatif comme il l’est sous la plume des partisans du gouvernement. Que des gens ne veuillent pas continuer à vivre avec vous, qu’y a-t-il de mal ? Par quel illogisme bizarre une personne en total désaccord avec votre idéologie devrait-elle avoir envie de faire corps avec vous ? Serait-il interdit de quitter une religion, un parti, une association… En quoi faire sécession d’une partie de son pays serait-il une faute morale ? Pourquoi l’unité serait-elle une valeur en soi si elle ne produit que des chimères incohérentes et non viables ?

— Ou quitter une femme, ou une famille, d’ailleurs – hors enfants mineurs – si je peux me permettre de compléter la liste. Je n’ai jamais compris pourquoi les gens s’affrontent.

C’est moi qui, malgré tout, viens de me mêler aux autres, piqué finalement d’intérêt par les propos entendus. Je continue :

— Au lieu de se battre, pourquoi les individus libres et raisonnables nés sur une bande de terre saugrenue qu’on appelle le Chili, n’émigrent pas aux EUA ou dans un autre pays qui leur assure la liberté de vivre selon leur envie, pendant qu’Angela Davis4 et ses amis ne viendraient s’installer ici, ou à Cuba, ou en URSS ou en Europe de l’Est, ou en Chine, ou… ce n’est pas le choix des pays communistes qui manque, non

— Et vous quitteriez le pays, vous ? — me répond-on un peu agacé.

— Mon père a quitté l’Espagne, contraint, certes, mais enfin il est parti pour la France, quand d’autres membres de ma famille sont allés dans ce pays-ci …et moi, à mon tour j’ai quitté la France par dégoût de Mai 68 et de ses bateleurs de pavé qui ont réussi à faire plier un homme d’un autre charisme et d’une autre envergure qu’eux, ce vieux De Gaulle que je n’appréciais pas tant que ça d’ailleurs… enfin entre autres… mais s’il le faut, je quitterai encore, le Chili cette fois-ci, oui, bien sûr ! On n’aime pas une terre pour le principe, mais pour ce qu’on peut y vivre, comme on n’aime pas une femme par décret ou par seule fidélité à la parole d’un temps donné, mais parce que tous les jours on éprouve la joie d’être avec elle…

Je sais que mon interlocuteur est marié depuis longtemps et ne le vit pas forcément « pour le meilleur ».

— … il faut aussi la quitter de temps en temps… Mais, bref, aimer son pays seulement parce qu’on y est né, ce hasard de la propagation heureuse des chromosomes, est aussi bête que de défendre le mariage forcé. Ou de se forcer au mariage.

Mon interlocuteur semble comprendre la portée tant universelle que particulière de mon propos et en reste coi. Ce que je viens de faire est bas, j’en conviens. Mais si on ne peut pas jouer un peu… je lui propose d’aller boire une bière pour me faire pardonner. Non pas que je veuille me racheter, mais juste parce que l’alcool lui permettra d’oublier un peu une condition dont je ne suis pour rien. D’ailleurs, je vais parler avec lui de quelques femmes peu satisfaites que je connais et avec qui il pourrait s’entendre. Je ne peux pas être partout. Et suis bon camarade. Mais je dois d’abord remplir un formulaire, je les rejoindrai dans quelques minutes.

La discussion part un peu dans les digressions et s’arrête assez rapidement, les besoins des estomacs devenant plus pressants que ceux des langues. OK, dans quelques minutes prometté-je à mon futur compère de libertinage qui, je le devine assez – nous les hommes, savons aussi nous flairer – paraît mûr pour se lancer à l’assaut de nouveaux défis.

Je me retrouve alors seul dans la salle avec la collègue mathématicienne. La connaissant peu, j’ai apprécié discuter avec elle les quelques fois où nous en avons eu l’occasion et, elle se révèle passionnante lorsqu’elle parle de son domaine, de ses recherches, même si je n’y comprends rien : si « un bon philosophe est à moitié un mathématicien » et « un bon mathématicien est à moitié un philosophe », comme le voulait Gottlob Frege, j’en suis alors malheureusement un de piètre espèce. Nous nous saluons, échangeons quelques mots, prenons connaissance des nouvelles respectives (les miennes purement professionnelles, je me garde bien d’exister, aux yeux de la plupart de mes collègues, en dehors de l’Université ou de quelques réunions et dîners hors les murs mais où je suis encore professeur ; il faut souvent savoir enfiler de nombreux masques, et bien séparer tous les pans de sa vie, pour rester pleinement soi-même.). Vite, j’en viens à l’écouter, me réjouissant de cette asymétrie qui me permet de ne pas y mettre du mien. Elle me parle de sa vie, pendant que je lui manifeste de temps en temps que je l’écoute et suis avec elle même si j’ai un stylo-plume à la main et les yeux rivés sur les champs à remplir de cette paperasse ennuyeuse. Ce qui m’étonne chez elle, c’est qu’en dépit de sa profondeur professionnelle, humainement, socialement, elle est des plus communes, des plus superficielles, des plus perméables à la mode et aux bruits de l’époque. Comment peut-on être si dissocié ? Ainsi elle attache beaucoup d’importance à pouvoir s’offrir tous les plaisirs vulgaires qui permettent de se mirer dans le reflet du regard des autres et d’y trouver matière à s’y rassurer. Du matériel bien sûr, ô joies de la société de consommation !, mais aussi des vacances sur la côte, à Viña del Mar ou, mieux, à l’étranger, afin de montrer à tous sur sa peau les traces de sa réussite sociale. Des vacances : mais pourquoi les personnes déjà vides en ont-elles besoin ?

On regarde parfois les gens comme s’ils avaient une unité : qui sait ?, une personnalité c’est peut-être l’assemblage original d’un fatras d’incohérences et la formule grâce à laquelle elles tiennent ensemble dans une seule vie…

Et puis pendant qu’elle me parle de sa nouvelle cuisine, dont je me contrefiche bien, sauf si elle m’invite à manger chez elle… remarque…. mais non : son mari me parlerait de sa nouvelle voiture, de son travail trop prenant (comme l’homme moderne aime se sentir débordé par un emploi du temps saturé qui lui donne l’impression d’être plein et important !), je devrais faire semblant de m’intéresser au progrès de leurs enfants, leurs voyages, mieux vaut manger une bonne salade, seul, et terminer une lecture avec un vinyle en fond… pendant ce temps, donc, qu’elle meuble le vide de la pièce avec sa vie au potentiel romanesque proche de l’infiniment nul, elle ne me parle pas d’état d’urgence, des querelles universitaires, de la victoire de la gauche lors des dernières élections à l’Université du Chili, de politique, et au fond, ça, ça change.

Je rejoins ensuite mes collègues au café Haïti sur Ahumada, rien de bien original, qui sont partis dans de grandes discussions que je prends au vol. Un Siglo traine sur la table. Bizarre de trouver de la presse communiste par ici. Ce fait étrange m’attire vers le journal que je me mets à feuilleter après avoir commandé un café.

— Ecoutez-moi ça— m’écrié-je d’un coup. — « Ce pays ne sera paralysé ni par la réaction ni par le fascisme » proclame Allende. Quelle arrogance !, mais si typique, dans le vocabulaire :

  • « Réaction » (j’ai la réaction sur le pouce)– voire « ultra-réaction » parce qu’il faut bien expliquer aux fidèles que le méchant adversaire est très, très méchant – en opposition à leur progressisme, comme s’ils allaient dans le sens de l’Histoire et que leurs vis-à-vis n’étaient que des arriérés nostalgiques de l’âge des cavernes. Et pourquoi ne pourrait-on simplement pas être opposé au socialisme en toute connaissance de cause, parce que celui-ci n’est qu’un cauchemar aussi vieux que Platon et qu’il ne mène jamais rien qu’à des régimes politiquement liberticides et économiquement non-viables ?
  • « Fascisme »5

(lui je l’ai sur l’index près à le mettre… à l’index !), comme s’il n’existait pas tout un nuancier des positions de leurs adversaires, entre

  • les gremialistes et leurs idées – antipolitiques – de primauté de la société civile sur l’Etat (la subsidiarité)
  • les conservateurs du Parti National — dont est très proche un des professeurs qui m’écoute à ce moment — qui estiment sourdement que les élites doivent dominer le peuple et ne croient pas à l’égalité
  • le communautarisme de la frange gauche de la démocratie chrétienne – si celle-ci existe encore – soit : les Tomic et compagnie
  • le réformisme modéré de la frange droite de la même DC, Frei et les siens, teinté de solidarisme
  • les fascistes, les vrais, les seuls à l’être, de Patrie et Liberté, qui pensent qu’une société ne peut être dirigée autrement que par un pouvoir fort et violent si nécessaire, et qui sont foncièrement anticapitalistes ?

Et tout ça dans le même panier du « fascisme » ? Pitres ! (Non, je laisse mon majeur bien tranquille.) Et puis, il y a encore ces accusations voulant que les opposants soient financés par l’étranger. Passons sur cette rhétorique nationaliste pour gogos de tous bords ; cette querelle pour savoir qui est le plus patriotique me laisse de glace et, après tout, les uns ne sont pas plus – ni moins – Chiliens que les autres, comme Pétain n’était pas plus Français – ni moins, malheureusement – que les autres Français. Mais sous-entendre que les adversaires, aux positions peut-être justifiées, fines, raisonnées, ne sont que des marionnettes, est répugnant. (Tiens, il faut que j’en profite – pourquoi faut-il toujours que je provoque ?) Dire que les grévistes ne sont pas Chiliens est aussi absurde que de penser que les communistes chiliens ne sont que des zombies de l’URSS, ou que la pensée socialiste serait Allemande ou Russe, comme d’autres prétendaient en leur temps qu’elle était “juive”. C’est ridicule. Il n’y a rien de plus universel que les idées ! Ces amalgames et cette rhétorique ne sont qu’un pur mépris de celui qui ne pense pas comme vous.

Mon auditoire improvisé est perplexe devant cette étrange poussée de colère qui vient d’être la mienne. Sans doute que le conservateur, touché par une partie de mon discours, n’a pas envie de se quereller avec moi maintenant. Du coup, j’ai dit que je passais sur la querelle patriotique et ai terminé là-dessus sans développer le point qui m’intéressait pourtant, c’est-à-dire souligner qu’en cette période de « Guerre froide », financer ses appuis dans un pays fait presque parti du jeu, de sorte qu’il n’y a rien de vraiment illégal là-dedans. Tant pis pour cette omission. Et puis la prétérition est la coquetterie des hommes de bon goût.

— Pourquoi lis-tu la voix officielle de Moscou au Chili, toi ? Tu as vu dans quel état ça te met ?

— Pardon, il trainait sur la table d’à côté et je n’avais pas suivi le début de votre discussion.

— Nous parlions à peu de choses près, mais avec un angle un peu différent, du même sujet.

— Ah, donc, du coup, je suis en plein dans la conversation : quel à propos !

Et puis c’est mieux de s’écouter parler que de voir les autres le faire.

Notes

  1. Ah oui, en passant, parce que je sais qu’il y en a qui vont râler, ou râlent déjà – il y a toujours des retraités désœuvrés et nostalgiques du temps où leur culture servait à quelque chose à la société, et qui chicanent dans les courriers des lecteurs des revues ou des maisons d’édition, par exemple, il n’y a pas de raison qu’on ne les ait pas ici. Donc oui, j’aurais pu mettre l’Universidad Católica plutôt que la traduction française. Des fois on trouve Plaza Italia, d’autres fois place d’Italie, ici El Mercurio, là Le Mercurio, je n’ai pas souvenir qu’on se soit commis à traduire par Le Mercure, pas plus que Providence (pour l’avenida que je vous laisse identifier) ou un très ridicule la Promenade pour l’Alameda… d’accord, il aurait peut-être fallu être cohérent et choisir de traduire ou pas, et s’y tenir, mais enfin, n’allons pas être vétilleux pour ces détails, il y déjà tant d’austères névrosés rigoristes facilement récupérables par des mouvements fascistes, qu’on n’est pas obligé de leur ressembler, tels les Schtroumpfs dans les épisodes que l’on a suivis dans Spirou cette année – et qui sortiront en album en janvier prochain sous le nom de Schtroumpf vert et vert Schtroumpf (le meilleur, entre nous, depuis Les Schtroumpfs noirs, il y a presque dix ans déjà !) – à se quereller pour savoir si on doit dire tire-bout-schtroumpf ou schtroumpf-bouchon ; non mais, il n’y a pas mieux à faire ? L’important est que ce soit compréhensible, et il n’y a pas non plus de grandes difficultés. [Note de Juan]
  2. Il a été décidé arbitrairement que Juan travaillait dans le bâtiment de l’Université Catholique qui se trouve sur l’Alameda, parce que bâtiment est très beau et central. Pour ces deux raisons il fallait que Juan y travaille au quotidien, quitte à violenter la réalité des faits. On n’a même pas pris vraiment le soin d’aller vérifier au cas où celle-ci s’accordait avec cette volonté, ayant estimé que ce roman n’avait pas besoin que le réel lui donne raison, qu’on ne s’abaisserait pas à avoir son imprimatur. C’est comme ça. Chacun a sa part de mensonges volontaires, la décence ici est de vous révéler notre parti-pris. Cela dit, d’une part, ce n’est jamais là où Juan donne ses cours et il peut très bien se trouver dans le bâtiment pour toute autre chose, et d’autre part, les fanatiques de la vérité pourront s’inventer ce qu’ils veulent : que Juan a obtenu un passe-droit et délocalisé ses cours, qu’il y donne des cours à des petits groupes un peu en cachette, qu’il n’est pas professeur officiel à l’Université Catholique mais missionnée par elle pour animer une société secrète, etc. Soyez un peu imaginatifs !
  3. René Schneider, chef des Armées assassiné par accident en 1970 alors qu’il était victime d’une tentative de kidnapping de la part d’un groupe anti-Allende désirant se faire passer pour des extrémistes de gauche. Ce rapt – d’abord piloté par les EUA avant qu’ils ne se rétractent et que le groupe chilien ne fasse le coup tout seul – avait pour but de faire réagir l’Armée contre le péril communiste déjà à l’œuvre. En faisant planer la menace d’un coup d’Etat, elle aurait ainsi poussé le Parlement à empêcher l’accession d’Allende au pouvoir malgré sa première place aux élections présidentielles. La mort accidentelle de Schneider eut l’effet inverse. Sa doctrine voulait que l’Armée reste neutre en matière de politique et respecte strictement la constitution, quand bien même un candidat marxiste arriverait au pouvoir.
  4. Je cite cette dame puisqu’elle est repartie aux EUA, hier, après avoir passé quelques jours dans le pays. Ce qui me permet d’avoir droit à une note de bas de page, ce n’est pas tous les jours… [Note de Juan]
  5. « Les moyens de communication de l’UP généralisèrent l’usage du terme fascisme au point que chaque manifestation d’opposition au gouvernement devenait fasciste. Il est vrai que le fascisme était une alternative, mais c’était une erreur d’identifier de manière automatique toute opposition au programme de l’UP comme fasciste ; pour cette raison la généralisation de l’usage de ce terme fit du fascisme une abstraction que n’arrivait à convaincre personne du côté de l’opposition » [Israel Zipper 2006, 131].

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