§12. A Paris, Juan est avec ses parents. L’ambiance est artificiellement chaleureuse, chacun des deux hommes, le père et le fils, jouant leur rôle à merveille d’une pièce dont le public est essentiellement la mère, au milieu de la famille restée en France et qui profite de ce moment pour se réunir. Elle applaudit avec ses yeux brillants de joie de voir ses deux hommes réunis, même si elle se rend bien compte qu’ils ne se parlent pas beaucoup et qu’ils ont des rapports cordiaux sans paraître complices.

A Santiago, Jean est avec Agustín, dans la famille de son ancien colocataire, puisque Natalia est retournée à Temuco où se trouvent ses parents. C’est pour ça que Jean a un sentiment mitigé. Plaisir d’une part d’être avec ces gens si simples et fraternels qui le traitent comme un fils. Absence, de l’autre. Le repas est simple mais bon, et après un vin qui fait briller les yeux les parents se font encore plus chaleureux. On trinque à la « promotion d’Agustín », qui va superviser la zone sud de Santiago en support d’autres camarades, et assurer notamment la jonction avec les autres partis de l’UP, plus la CUT. Ce que le père explique à Jean, Agustín étant toujours trop pudique pour parler de lui. Il sait aussi qu’il ne vaut mieux pas. Mais pour cette famille d’ouvriers c’est la consécration pour leur fils, comment pourraient-ils ne pas en parler ? Le père surprend un regard noir de son fils.

— Il ne fallait pas en parler devant Jean ? — demande-t-il.

— Non, pas de problème — se radoucit le promu. De toute façon, je sais que Jean est un type bien.

— Tu le sais ? — reprend Jean, ravi et un peu étonné en même temps.

— Oui, oui, j’ai vécu avec toi, tu te souviens ? — rajoute Agustín pour une fois l’œil rieur et apaisé, qui tranche avec la dureté qui peut être la sienne le reste du temps. — Presque trois mois, même.

Jean se prend alors à avoir envie de profiter du moment pour poser de nombreuses questions à celui qui pourrait être son ami, s’il avait l’occasion de discuter avec lui plus souvent. Comme : es-tu avec quelqu’un ? Où travailles-tu ? Que fais-tu ou feras-tu vraiment au Parti ? Il s’étonne de la discrétion de cet homme, comme l’ont toujours impressionné son sérieux et son honnêteté. Il pourrait demander à ses hôtes quelques informations sur leur fils, mais il sent que celles-ci doivent venir naturellement de ce dernier, sans qu’il ait à les soutirer. Il lui ouvre déjà les portes de sa maison, ce qui est une belle preuve de confiance.

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