§Población El Pinar.1 Journée internationale du travail. Une journée de manifestation presque ordinaire en ce Chili secoué par des tremblements de terre politiques et des répliques souvent de la même ampleur. Le peuple a défilé sur l’Alameda, des milliers de personnes venues réclamer plusieurs choses. Tout d’abord justice pour Ricardo Ahumada, le jeune garçon que j’ai tenu dans mes bras, inerte, après avoir sympathisé avec lui pendant quelques minutes, et dont je suis le dernier à qui il ait parlé (triste privilège). Ensuite, pour que ce soit les riches qui payent, via des nouveaux impôts, le réajustement des salaires et non la dette publique comme le veut, de fait, la droite en refusant la levée de nouveaux impôts sur les riches et en accusant ensuite hypocritement le gouvernement de ne pas accorder de hausse de salaire aux travailleurs pour compenser l’inflation. Enfin, pour réaffirmer que tous unis nous ne serons jamais vaincus, ou il faudra qu’ils nous tuent lâchement un par un ! Je n’ai pas été très à l’aise lorsque je me suis retrouvé devant le siège de Patrie et Liberté à crier moi aussi de toutes mes forces « assassins ! » à ces fascistes sans honte. Heureusement, aucune balle n’a fusé.

Lors du meeting de clôture du cortège, après que le communiste Jorge Godoy, président de la CUT, a pris la parole, les miristes et certains membres du PS ont quitté la foule de la concentration pour manifester leur désaccord avec les mots de l’orateur qui s’en était pris aux groupes qui « paralysent les industries et bloquent les routes ». Rajoutant qu’« avec ceci on ne peut obtenir la satisfaction de demandes partielles dont seul un groupe réduit de travailleurs peut bénéficier ».

J’ai entendu aujourd’hui que Brejnev réitère son désir de se rapprocher des pays occidentaux. Et pourquoi au Chili n’est-on pas capables de tenter, rien qu’entre nous, je ne parle pas avec la droite, en ce jour, de faire de même ?

Je serais complètement las ce soir, ce mort dans mes bras m’ayant vidé de mon énergie, si je ne voyais pas heureusement Natalia chez elle ce soir et si l’ami de Javier ne m’avait pas réitéré, lorsque nous nous sommes croisés aujourd’hui, son optimisme pour mon poste. C’est triste de fêter le travail lorsqu’on n’en a pas, mais il y a au moins deux étoiles dans mon ciel bien noir.

Note

  1. Celle à côté de laquelle vit Jean entre septembre 1972 et avril 1973, celle où vit Claudio, juste à côté de Sumar, et longée par l’avenue Vicuña Mackenna.

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