§5. Lorsque la rumeur de la reprise du travail à Geka avait été lancée, quelques jours après l’échec de notre tentative d’occuper les lieux, je voyais de moins en moins se dessiner la victoire finale que m’avait prophétisée Luís.1

Je me suis rendu sur mon lieu de travail – dont je dois tout réapprendre puisque les deux pauvres jours passés vraiment à la tâche ne m’ont pas laissé retenir grand-chose – déchiré entre le plaisir de ne plus être sans emploi et l’amertume de retourner comme à la case départ d’une situation qui n’aurait pas changé avant notre fronde.

Je me trompais cependant concernant le non-changement. Et m’en aperçois dès que je sors des vestiaires, m’approchant d’un groupe, attiré par les vociférations : deux des patrons insultent et promettent de ne pas coopérer avec celui dont on m’informe qu’il est le nouvel interventor de l’entreprise, intervention décidée par décret il y a peu et qui prend effet aujourd’hui. Avec ce dernier le patron n’est plus totalement chez lui. La “prise” est plus subtile que si nous avions été dans le bâtiment lors de notre conflit récent, mais elle paraît plus efficace, à voir les joues rougeaudes de ceux qui crient.

Mais là encore je me retrouve contrebalancé entre la joie de comprendre l’avancée du processus que devinait Luís et la déception de ne pas avoir su plus tôt qu’une telle mise sous tutelle gouvernementale était prévue, preuve que je ne suis pas encore du tout intégré dans l’entreprise et que mes relations au niveau du cordon Vicuña Mackenna se sont distendues pendant mon absence – sinon mon errance – quilicurienne.

Bienvenue, en tout cas, Fernando Arrivillaga, et bon courage !

Note

  1. Luís Ahumada, cf. fin de 1. XI §10.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.