§7. Comme l’avait annoncé Natalia, les joueurs de Colo Colo peuvent être rassurés : les mineurs grévistes ne connaitront pas de sort meilleurs qu’eux, puisque les camarades du Front des Travailleurs Révolutionnaires (FTR), émanation du MIR, défilent casqués et armés de matraques et ne se laissent pas impressionner par les fascistes de “Papas y libertinajes” (« pommes de terre et libertinages »), du surnom un peu ridicule que nous utilisons pour désigner entre nous ces guerriers des beaux quartiers. Tant est si bien que rapidement le lendemain de la parade des socio-traitres, l’intolérable fête est interrompue par les jets de pierre, les coups et les insultes qui volent de part et d’autre. Ainsi le Congrès autour duquel des tentes avaient été placées et qui abritaient ces réfugiés nantis est encerclé et les grévistes sont criblés de pierres. Malheureusement les carabiniers viennent rapidement tenter de mettre fin à tout ceci en s’interposant entre les deux groupes ennemis, ce qui rajoute au chaos ambiant, les uns et les autres jouant au chat et à la souris avec les forces de l’ordre pour finir de s’étriper entre eux.

Pourquoi parlé-je à la troisième personne du pluriel ? Puisque moi aussi je me suis armé d’une barre de fer. Et que je suis posté à l’entrée d’une maison où peuvent venir se réfugier les camarades fatigués par les combats de rue. Craignant de voir Natalia passer d’une minute à l’autre, dont je ne sais pas le rôle exact en cette journée.

Je reconnais un membre du groupe d’action avec qui je suis pour ma part, et que j’avais déjà croisé auparavant au cordon industriel Vicuña Mackenna.

— Il nous manque des armes, — fait-il une fois qu’il a retrouvé un peu de souffle. — Qu’est-ce qu’on pourrait faire si on en avait ! Comme c’est dérisoire de jeter ces pierres ! Mais qu’est-ce qu’on attend pour en faire venir plein de Cuba, faire pleuvoir des balles sur ces gueules de connards, plutôt que des cailloux, des misérables cailloux qui ne leur font même pas mal… — il est évidemment sérieux lorsqu’il dit ceci.

Une fois la nuit tombée et les heurts terminés, dans une déclaration commune, le PC et le PS critiquent comme « inopportune » une conversation entre le Président Allende et les dirigeants de la grève, impulsée par la DC, qui avait été évoquée dans la journée. Allende ne va tout de même pas discuter avec ces types qui ne mériteraient que d’être renvoyés chez eux à coups de pieds au cul !

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