§18. [§ de l’auteur-narrateur ; ajout rétrospectif du 28 juillet 1973] J-28 = vendredi 13 juillet. Carlos Prats se trouve devant les officiers de l’Armée de l’Air de la garnison de Valdivia. Il leur dit :

— Il faut absolument que nous convainquions la DC qu’il n’y aura pas de coup d’Etat militaire. Sinon tant qu’elle attendra de nous un coup de pouce extralégal, et temps qu’Allende espèrera nous faire entrer dans le gouvernement pour que nous endossions la mise en pratique de sa politique, les politiciens ne négocieront pas vraiment les uns en face des autres, se regardant droit dans les yeux comme s’ils étaient seuls au monde au lieu de nous faire des clins d’œil permanents pendant qu’ils discutent.

D’autres sources apocryphes prétendent qu’il aurait dit :

— Il faut vraiment que nous persuadions les politiciens de ne pas compter sur un coup d’Etat militaire, sinon, tant qu’ils attendront de nous un coup de pouce, ils ne négocieront pas vraiment, attendant de nous que nous sortions les châtaignes du feu avec nos propres mains. Il faut que nous soyons tout à fait clairs là-dessus ! Je ne vous cacherai pas, car ce serait vain et malhonnête, que je fais l’objet de demandes insistantes de la part des plus hautes autorités politiques pour participer à un gouvernement, moi et vous tous, puisque le Commandant en Chef des Forces Armées n’est jamais un individu seul lorsqu’il agit en uniforme mais votre représentant… Cette mise en garde s’applique donc à moi-même aussi, et je vous le dis très modestement. Ainsi ne leur donnons aucune illusion et n’allons pas leur promettre d’essuyer les plâtres d’un pays qu’ils ont mis à feu et à sang. Ce que la politique a été capable de casser, elle doit être capable de le nettoyer.

(Quant à construire…, pensa-t-il probablement en lui-même, quelle que soit la version du témoignage.)

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