§7. Je suis retourné voir le père français, et ai rencontré ceux qui l’aident dans la población la Victoria. Ces hommes sont beaux. Il émane d’eux une telle force apaisante, un tel amour du prochain, absolu, gratuit, sans faille, que la présence du Christ sur Terre paraît réelle. Leur vie est faite d’humilité et d’aide. Ils ne possèdent rien que cette chaleur humaine que leur rend la reconnaissance des habitants avec lesquels ils vivent. Contrairement à ce qui se passe au sein du cordon, des partis, et même au sein du « groupe d’action » qui risque de se disloquer faute de trouver une ligne claire dans la nouvelle donne de l’après 29 juin – la question étant posée de se lancer dans le contre-terrorisme violent –, ils ne se posent aucune question. Ils subissent le monde tel que les hommes le font. S’y adaptent. Seule comptant l’aide qu’ils peuvent apporter. Ils ne font pas de théorie, ils agissent. En paix.

Certes, l’Église est divisée selon les mêmes lignes de fractures que le monde politique : certains prêtres, le curé Hasbún en tête à la tête du Canal 13 tenu par l’Universidad Católica et présent dans la bagarre du canal 6, ont choisi le camp de la réaction ; les Chrétiens pour le socialisme ou les adeptes de la Théologie de la libération ont épousé le marxisme en deuxième noce, et tentent de concilier des doctrines souvent violentes avec la charité chrétienne (enfin les Inquisiteurs n’étaient-ils pas des bouchers qui massacraient au nom de Dieu, comme leurs équivalents laïques ont tué pour la liberté en 1793 ?) ; le Cardinal Silva Henríquez joue les intermédiaires entre la DC et l’UP pour trouver une voie d’entente entre les modérés des deux bords.

Mais ici à la población les considérations sont plus terre à terre. Il s’agit de nourrir des familles, de trouver où soigner des personnes âgées sans ressources ni proches, de secourir tel indigent. Essuyer les plâtres, avec courage, persévérance et sans se plaindre, de la misère que créent les autres. La prendre telle qu’elle arrive, ne pas juger, simplement défendre le faible. Est-ce la voix-même de la révolution chilienne : l’amour plutôt que les armes, la colère et la haine ?

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