§8. Helena me touche l’épaule, elle vient de se réveiller et constate qu’elle est encore en robe de chambre bien que sortie dans le jardinet où j’ai allumé le feu.

— Pourquoi as-tu fait un brasero dans le jardin, Juan ?

Elle voit le coffre qui est à mes pieds.

— Tu vois — lui réponds-je — pendant des années j’ai pensé que la meilleure littérature que je pouvais produire, était de poursuivre des correspondances amoureuses ou frivoles avec des femmes. Car, à défaut de les publier – mais pourquoi tant de scrupules elles ne sont pas mauvaises et elles valent bien ce que d’autres produisent – elles me donnaient l’espoir de rencontrer une femme, parfois une inconnue, de la séduire rien que par l’écriture et de finir par coucher avec elle comme ma plus belle récompense, mon salaire, la finalité jouissive à laquelle tendait toute cette correspondance. J’aimais cette façon de gagner en intimité avec une femme, d’entrer avec elle dans un petit jeu aussi entendu que tu, une danse qui nous emmenait toujours plus loin, tacitement le plus souvent, de nous laisser gagner par l’envie, le rêve, le fantasme de l’autre… On n’est pas loin de l’art pour l’art, mais avec cet intérêt très particulier pour l’art des corps des femmes, qui sont des œuvres qu’on peut goûter de nombreuses fois sans les abimer, sans les détruire comme en restauration, mais au contraire qu’on découvre et qu’on termine de sculpter à coup de petites touches de caresses et de baisers. D’habitude, je séduis avec ma plume, c’est seulement avec toi que je me suis posé avec mon corps, je me suis mis entier dans la balance. Voilà un coffre rempli de lettres, qui étaient à la cave, et qui vont brûler aujourd’hui, équivalent pour moi de ta rupture avec ton fiancé et de ta disgrâce avec tes parents… Tout ceci m’est désormais égal. Que tout brûle.

— Je ne te le demande pas, Juan.

— C’est pour ça que mon geste en est plus vrai.

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