… car je ne t’aime plus au grand jour, car je regrette le temps où j’étais parti à ta découverte et le temps aussi où j’étais aveugle et muet devant l’univers incompréhensible et le système d’entente incohérent que tu me proposais.

Paul Eluard, « Nuits partagées »[noteDans Donner à voir, Gallimard, coll. nrf/Poésie, 39.[/note]

§4. Dans un lit.

— Cesse de gigoter, tu veux ? J’aimerais dormir. — lui dis-je.

— Dormir, pendant que je souffre… Tu veux dormir alors que moi je ne le peux plus par ta faute. Tu veux dormir, alors que mon monde s’écroule autour de toi ?

— D’accord. Demain je ne serai plus là.

— C’est vrai ? Tu vas dormir ailleurs ? Mais tu es chez toi. C’est moi qui m’en vais j’aurais dû le faire dès hier…

— Sûrement. Mais ce soir c’est moi qui m’en vais.

— C’est vrai ? Ça y est, tu fais le pas, tu m’abandonnes pour de bon ?

— C’est sans doute mieux comme ça. Nous sacrifions à certains rites pour des habitudes qui ne tiennent plus debout. Il vaut mieux cesser la pantomime et ne pas la jouer plus ce soir…

Un baiser n’est rien – deux c’est mieux, trois ce n’est pas la croix, mais il en faut un quatrième – ce n’est pas carême ! – que chaque joue croule sous le même joug !

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