§10. C’est une journée chômée, une de plus, faute de matière première avec laquelle travailler puisque les camions ne roulent pas et que les militaires n’ont pas voulu les conduire à la place des camionneurs. Au nom du droit de grève, qui devient un droit d’affamer le peuple et de bloquer toute l’économie. Mon colocataire toque à ma porte.

— Jean, viens ! Il y a des affrontements à Sumar entre les camarades et l’Armée.

Je mets mes chaussures, sors du lit où je lisais sous la couette pour ne pas avoir trop froid et me lance avec lui dans les rues désertes. Jusqu’à la maison d’un camarade.

— Donne-les moi, s’il te plait, Pedro, on en a besoin aujourd’hui à Sumar.

Le vieux camarade part alors dans le jardin sans mot dire, ayant compris mon colocataire. Et revient cinq minutes plus tard avec deux vieux fusils.

— Usez-en bien.

Il est trop tard pour refuser, je suis mis devant le fait accompli. Nous repartons, arme en mains, passant dans des petits chemins et les jardins de camarades puisque ce serait du suicide que d’aller par les grands axes ainsi équipés.

Reconnaissant le mot de passe, les camarades de Sumar nous laissent entrer, les troupes se trouvant de l’autre côté.

— Jean ? Armé ?

— Toi aussi, Claudio, tu l’es. Et tu n’étais pas pour la voie violente…

— Les milicos ont volé dans les vestiaires, ces salopards, ¡huevón! Ça a beau être de la provocation, si nous ne faisons rien…

— Nous sommes donc en situation de légitime défense… — pensé-je à haute voix.

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