S’il n’y avait pas eu l’équipe de documentaristes dirigée par Walter Heynowski et Gerhard Schewman1, les célèbres images du bombardement de la Moneda, prises par eux depuis l’Hôtel Carrera, n’existeraient pas. Pas plus que n’existeraient les entrevues de grande valeur, des principaux généraux qui participèrent à la conspiration du coup d’Etat. Ni à l’enregistrement filmé du cadavre d’Allende en train d’être monté dans une ambulance militaire. Ni celui des corps tombés lors de la “bataille de la Moneda” en train d’être chargés dans un camion militaire. Et bien que cela paraisse incroyable, bien qu’existantes, ces dernières images n’ont jamais été vues à la télévision chilienne. On n’y a encore moins vu leur série de documentaires sur le Chili ni le documentaire sur le coup d’Etat, “Plus fort que le feu. Les dernières heures à la Moneda” (1978).

Le film fut tourné juste avant le coup d’Etat militaire, au-delà du jour-même, les semaines et les mois précédents. Il se détache, entre autres raisons, du fait qu’il contient des entretiens de Pinochet, du général Javier Palacios et du commandant en chef de l’Aviation, Gustavo Leigh. On voit aussi à l’écran les pilotes du groupe n°7 des forces aériennes chiliennes, celui-là même qui bombardèrent La Moneda, Tomás Moro et les antennes de radio, ce qui faisait partie de l’Opération Silence. Il y a aussi, de profonds entretiens avec “Tencha” Bussi Allende et le docteur Danilo Bartulín.

Heynowski et Shewman faisaient partie de la Deutsche Film AG jusqu’à ce qu’en 1969, ils créent leur propre studio : H&S. Avec cette maison de production, outre une poignée de pellicules sur la guerre du Vietnam, ils réalisèrent un cycle de documentaires sur le Chili, pays dans lequel ils s’installèrent dès mars 1972. Cette série est constituée par “Plus fort que le feu” ; “Salmo 127”, homélie du cardinal Raúl Silva Henriquez lors du Te Deum suivant le coup; “Je suis, j’étais, je serai”, enregistrement documentaire des prisonniers dans les camps de concentration de Pisagua et Chacabuco, bien qu’ils n’y aient pas été autorisés; “La guerre des momies”, qui contient des entretiens des dirigeants de Patrie et Liberté et du commandant Rolando Matus, avant et après le coup.

Les cinéastes et les membres de leur équipe s’infiltrèrent jusqu’à la moelle du pays, entre les militaires et les civils complotistes, gagnant leur confiance, obtenant une liberté qu’aucun autre groupe de presse international eut durant ces jours, semaines et mois, suivant le coup d’Etat militaire.

Ces documentaristes allemands étaient si bien informés, qu’ils louèrent une chambre de manière anticipée, au huitième étage de l’Hotel Carrera, avec une vue sur la Moneda, et estimèrent que cet angle de vue était le meilleur pour filmer le coup. Quarante ans après, certains de ces entrevues et enregistrements (…) constituent des pièces prouvant qu’Allende ne s’est pas suicidé ni ne s’est rendu, comme l’affirme la version officielle, sinon qu’il a lutté jusqu’à la dernière balle.

RAVANAL ZEPEDA Luis et MARÍN CASTRO Francisco, [2013] Yo no rendiré. La investigación histórica y forense que descarta el suicidio, p. 31-32.

Note

  1. Sic!