Tout ce qui suit sera dit le plus souvent la bouche pleine et avec beaucoup de grossièreté. Mais par égards pour les lecteurs qui se respectent et ne lisent pas de la porcherie soi-disant rebelle (pour tous ceux qui trouvent que ça manque de vagins qui transmouillent, de bites dans des fessiers tressaillant, de salopes libidineuses et de pédés interlopes,1 suivre le lien) nous avons expurgé le dialogue qui suit :

— Je ne comprends pas pourquoi Dulia s’oppose au texte de revendication.

— Parce que les communistes ne savent pas où ils vont — me répond mon collègue, avec qui je suis en train de manger un sandwich dehors, dans le froid, alors que rien n’est prévu au chaud, et bien qu’il ait des chaussures trouées quand les miennes menacent de percer prochainement.

Il reprend :

— Je vais même te dire un truc, mec. Je suis sûr qu’ils font exprès de faire voter une des leurs oui, et l’autre non. Ils sont paumés ! Il faut qu’ils défendent leur « bataille de la production » et s’opposent aux revendications les plus avancées des travailleurs, d’un côté, complices de la réaction au nom de la productivité, et de l’autre ils doivent sentir que le vent qui souffle dans le pays est celui du pouvoir populaire. Leur petit légalisme étroit n’a aucun avenir, il est peut-être déjà mort. Alors ils demandent à l’une de tenir l’ancienne ligne et l’autre défend vraiment les travailleurs. Comme ça il leur suffira de répudier l’une ou l’autre après coup et de prétendre qu’ils ont toujours défendu tel ou tel point de vue.

— Tu crois ?

— J’en suis sûr.

Je commence, vu l’application avec laquelle il m’a répété ce discours, à croire qu’il voulait manger avec moi pour parler et me dire exactement ceci. Ou m’appendre qu’il est du MIR, comme un secret qui me lie à lui, bien que je ne lui aie rien demandé.

Note

  1. Ça aura au moins été fait une fois pour assurer l’entrée de ce texte dans la littérature contemporaine, bravo… [Note de Juan]

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